Les pierres de rivière et l’équilibre

6 Vues
 

Par Hannah Harboe, kinésithérapeute

L’équilibre

Le thème de l’équilibre a déjà été abordé dans plusieurs numéros d’Insights. En effet, l’équilibre, et le fait de garder l’équilibre, est un sujet complexe faisant intervenir de nombreux facteurs.

Les récepteurs des stimulations vestibulaires sont situés dans l’oreille interne, ils détectent si on se trouve à l’équilibre ou en mouvement. En plus des signaux du système vestibulaire, notre équilibre dépend de l’équilibre physique de notre corps. Quand les enfants grandissent vite, ils ont souvent des problèmes d’équilibre en raison d’un décalage entre la croissance des os et la longueur des muscles. Notre représentation mentale a également une influence sur l’équilibre. Si notre image mentale n’est pas équilibrée, ou si on doute de nos capacités, cela a des conséquences sur notre équilibre.

Mais l’inverse est aussi vrai. Si on a la certitude de pouvoir réussir un exercice, nos sens seront plus efficaces dans l’accompagnement du système vestibulaire. C’est ce qu’on appelle l’intégration sensorielle, c’est-à-dire la capacité du système nerveux central à coordonner plusieurs sens comme s’ils ne formaient qu’une seule entité. Une bonne intégration sensorielle augmente nos chances de bonne maîtrise et de réussite dans les activités motrices.

Quand un enfant a du mal à garder l’équilibre, tombe souvent ou a peur à chaque fois que son équilibre est mis au défi, il faut se pencher sur la question en ratissant le plus large possible.

En plus de tester sa sensibilité aux signaux vestibulaires, il faut également examiner sa vue, sa capacité de concentration et son intégration sensorielle globale.

De même, il faut s’intéresser à la psychologie de l’enfant. A-t-il eu de mauvaises expériences avec le maintien de l’équilibre, et ces mauvaises expériences génèrent-elles des attentes négatives qui nuisent à l’équilibre ? Les difficultés de l’enfant vis-à-vis de l’équilibre peuvent déclencher un cercle vicieux, dans lequel l’impression de perdre l’équilibre et le contrôle de son corps influence le stress et la psychologie de l’enfant.

River

Avec les nombreuses couleurs disponibles et la possibilité de les orienter pour produire un parcours sinueux, River est une excellente solution pour faire travailler l’équilibre. Les éléments relativement bas, 4,5 cm de hauteur, rassurent les enfants peu à l’aise. Ils n’ont pas peur de tomber en cas de perte d’équilibre. Des parcours parallèles, comme dans notre exemple, sont à la portée d’enfants de deux ans, en l’absence de handicap.

Étude de cas

Asta vient juste d’avoir 4 ans. À la maison, c’est une enfant joyeuse et extravertie, mais un peu en retrait. En revanche, elle n’a jamais aimé l’école. L’équipe pédagogique a remarqué qu’elle a tendance à stresser et à perdre l’équilibre quand les autres enfants sont un peu agités ou courent vers elle. Dans ce cas, elle s’assoit par terre. Sur l’aire de jeu, elle préfère rester assise dans le bac à sable. Elle ne veut pas monter sur le toboggan ou essayer les différents vélos et draisiennes à disposition.

Les parents d’Asta me disent qu’elle n’a pas de retard en matière de motricité. À part le fait qu’elle n’aime pas les jeux animés et qu’elle tient toujours la main de ses parents pendant leurs promenades, ils n’ont pas constaté de difficultés avant le message de l’école.

Je n’observe rien de grave pendant mon examen. Asta est une enfant plutôt grande et élancée pour son âge. Sa mobilité et sa force sont normales.

On remarque toutefois assez rapidement qu’Asta a des difficultés dès qu’il s’agit d’équilibre. Elle se décourage facilement.

Par le jeu, dans un premier temps en tenant sa mère ou son père par la main, Asta commence à prendre du plaisir dans les exercices d’équilibre. Elle assimile rapidement de nouvelles règles, et elle est très contente de venir à nos rendez-vous.

Dès la première fois, nous utilisons les éléments River assemblés de façon à former deux parcours parallèles. Asta doit avancer pas à pas, en posant le pied sur la couleur que je lui désigne. Il est presque toujours possible de mettre un pied sur chacun des deux parcours. Ainsi, Asta gère elle-même son équilibre. Elle commence par lâcher la main de l’adulte qui la suit, puis s’affranchit de tout soutien quand elle décide de mettre les deux pieds sur le même parcours. Asta est autorisée à faire ses propres choix, ce qui la place en situation de contrôle. Cette expérience de contrôle et nos encouragements pour ses progrès ont un effet positif sur sa progression, qui se déroule dans la joie et la confiance.

Asta pratique aussi les exercices d’équilibre appris en consultation à l’école. On lui donne le droit de diriger les jeux, et le fait que ce soit elle qui décide de la nature des jeux lui confère un nouveau statut.

L’équipe pédagogique estime qu’Asta se montre sous de nouveaux jours : elle a pris de l’assurance et se montre plus audacieuse et plus tournée vers les autres.

 
Publié dans: Pratique documentée

Laissez un commentaire

Code de sécurité