Les collines et l’équilibre réactif

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Par Hannah Harboe, kinésithérapeute

Notre capacité à réagir en cas de perte d’équilibre est appelée équilibre réactif.

De nombreux enfants font de grands gestes des bras ou balancent leur corps si violemment quand ils perdent l’équilibre que cette réaction en elle-même entraîne la perte d’équilibre.

Si l’on réagit violemment et soudainement chaque fois que notre équilibre est mis au défi, nous vivons la situation comme une perte de contrôle. Les difficultés récurrentes et quotidiennes en matière d’équilibre et de contrôle nuisent bien évidemment aux capacités motrices de l’enfant, mais affectent également le plaisir global qu’il pourrait prendre dans les situations de mouvement et de jeu de motricité.

À terme, ces réactions trop fortes peuvent amener l’enfant à s’isoler, à avoir une mauvaise estime de soi et à ne pas oser se confronter à de nouveaux défis.

Les enfants qui ne se font pas aider pour exercer leur équilibre réactif et leur capacité à réagir avec plus de mesure finissent par se brider. Ils n’osent pas participer aux activités qui font appel à l’équilibre réactif. Pour de jeunes enfants, il peut s’agir de marcher sur un sol légèrement accidenté ou présentant de petites différences de niveau. Quand l’enfant grandit, il n’ose pas grimper, sauter ou faire du vélo.

Lorsque les enfants s’exercent en marchant ou sautant d’une colline à l’autre, ils travaillent leur équilibre réactif. Les côtés en escalier et la surface relativement petite des sommets obligent l’enfant à corriger en permanence son équilibre et à réagir rapidement pour ne pas tomber.

Car si les mouvements des bras et du corps sont trop marqués, l’enfant doit généralement poser un pied par terre pour retrouver l’équilibre.

Quand on doit trouver l’équilibre, la vitesse peut parfois nous aider.

Quand on se déplace rapidement, le système vestibulaire est plus sollicité. C’est pourquoi il est parfois plus facile de trouver l’équilibre à vélo en roulant vite qu’en roulant très lentement. À basse vitesse, on a beaucoup plus de risque de faire des écarts incontrôlés.

Quand on incite les enfants à avancer lentement, au ralenti, sur les collines, on sollicite plus leur équilibre réactif que s’ils se dépêchaient de passer d’une colline à l’autre.

En d’autres termes, il est plus facile d’aller vite sur le parcours pour les enfants qui ont des difficultés en matière d’équilibre réactif. Les enfants avec de bonnes capacités dans ce domaine sont en mesure de réaliser le parcours très lentement.

Étude de cas

Michael a 12 ans. Il vient en rendez-vous, parce qu’il est triste de ne jamais avoir appris à faire du vélo. Michael a toujours eu des problèmes de motricité, il est maladroit et a du mal à suivre ses camarades du même âge.

Sa maman explique que petit, il restait assis par terre à jouer aux petites voitures, et que sur les aires de jeu, il préférait rester dans le bac à sable. Il est extrêmement prudent, il ne marche jamais en équilibre, ne grimpe pas aux arbres et ne joue pas au foot.

Plus jeune, Michael oubliait souvent de partir à l’heure, et il tombait souvent.

Aujourd’hui, Michael aime la natation et la course, et il va volontiers au centre de fitness. Malgré son goût pour le sport et le mouvement, il est bloqué par ce problème d’équilibre et n’a pas le courage d’apprendre à faire du vélo.

En observant Michael, je constate qu’il a de gros problèmes d’équilibre réactif, et qu’il surréagit quand il est sur le point de perdre l’équilibre.

Michael et moi décidons ensemble d’un programme de trois séances, pendant lesquelles nous ferons des exercices destinés à renforcer les capacités insuffisantes pour pouvoir s’attaquer à l’apprentissage du vélo. Entre chaque séance, Michael devra faire des exercices à la maison.

L’intervalle entre les rendez-vous est de deux semaines. Au bout de six semaines, nous passerons à l’apprentissage du vélo.

Les exercices à la maison et en rendez-vous font appel aux collines. Michael doit s’exercer à avancer le plus lentement possible sur un parcours de cinq collines de hauteurs différentes. Si Michael ne parvient pas à garder l’équilibre et si son pied touche le sol en essayant d’éviter la chute, c’est qu’il est allé trop lentement.

Je note d’une fois sur l’autre le temps qu’il met pour suivre l’ensemble du parcours. Au début, Michael n’arrive à conserver l’équilibre qu’en réalisant le parcours sur les collines en 7 secondes. Petit à petit, Michael arrive à ralentir, et pour finir, il est capable de réaliser le parcours en 35 secondes.

Michael se sent prêt à passer au vélo, et nous lui rappelons que la vitesse peut faciliter les choses, surtout au début. Après trois entraînements, Michael fait du vélo tout seul. Il apprécie beaucoup la liberté et le gain de temps que cela lui apporte pour pouvoir aller et revenir de l’école et de ses diverses activités.

 
Publié dans: Pratique documentée

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