

Qu'est-ce que la thérapie oro-motrice ?
La thérapie oro-motrice travaille les compétences physiques de la bouche : les lèvres, la langue, la mâchoire et les joues. Ces différentes structures sont nécessaires pour manger, boire et parler.
C’est le cœur du sujet. Ces quatre zones doivent fonctionner ensemble avec une précision parfois surprenante. Manger un biscuit, boire à la paille ou prononcer certains mots demande des mouvements précis, de la force et de la coordination au niveau de la bouche.
La plupart des personnes développent ces compétences naturellement, sans y penser. Mais chez certaines personnes, elles ne se développent pas seules, ou se développent de manière inégale. C’est là que la thérapie oro-motrice peut intervenir.
On peut l’imaginer comme une forme de rééducation physique, mais pour la bouche. Un ou une kinésithérapeute peut travailler le renforcement des jambes pour aider une personne à marcher. De la même manière, un ou une orthophoniste peut travailler les compétences de la langue, des lèvres et de la mâchoire pour aider une personne à manger plus sûrement, boire plus efficacement ou produire des sons plus clairement.
Pourquoi la bouche est plus complexe qu’on ne l’imagine
Voici une petite expérience. Prenez une gorgée d’eau et observez ce que fait votre bouche. Les lèvres se ferment autour du verre. La langue déplace le liquide vers l’arrière. La gorge coordonne la déglutition. Tout cela se produit en quelques secondes, sans que vous ayez besoin d’y réfléchir.
Essayez maintenant de dire “la la la” et observez ce que fait votre langue. Pour produire le son “l”, la pointe de la langue doit se soulever vers la zone située juste derrière les dents supérieures. Elle doit le faire de manière indépendante, sans que la mâchoire ne monte pour l’aider. C’est ce que l’on appelle la dissociation langue-mâchoire, l’une des nombreuses compétences oro-motrices nécessaires à la parole.
La bouche est un petit système musculaire complexe. Elle doit coordonner la force, le mouvement, la conscience sensorielle et l’endurance en même temps. Plusieurs groupes musculaires doivent travailler ensemble, dans un équilibre précis, pour maintenir certaines positions ou réaliser certains mouvements.
Lorsqu’une partie de ce système est faible, peu coordonnée ou insuffisamment développée, des gestes du quotidien comme manger un repas ou produire certains sons peuvent devenir réellement difficiles.
Quelles compétences la thérapie oro-motrice travaille-t-elle ?
Lorsque les thérapeutes parlent de compétences oro-motrices, ils et elles font généralement référence à cinq grands domaines.
- La conscience sensorielle : la personne sait-elle ce que fait sa bouche ? Certaines personnes présentent une hyposensibilité orale, c’est-à-dire une sensation réduite à l’intérieur de la bouche. Elles peuvent ne pas sentir des aliments coincés dans les joues ou ne pas se rendre compte que leur bouche est ouverte. D’autres présentent une hypersensibilité orale : elles sont très sensibles aux textures, aux températures ou au toucher dans la bouche, ce qui peut rendre les repas ou les soins dentaires plus difficiles.
- La force : la mâchoire peut-elle gérer et mâcher les aliments correctement ? Les lèvres peuvent-elles se fermer autour d’une paille ? La langue peut-elle manipuler les aliments ? Une faiblesse des muscles de la bouche peut se traduire par des particules alimentaires autour de la bouche, des difficultés à décomposer les aliments, une gêne avec certaines textures, de la salivation, une posture bouche ouverte ou des difficultés à produire certains sons.
- La coordination : les lèvres, la langue et la mâchoire peuvent-elles travailler ensemble, mais aussi de façon indépendante lorsque c’est nécessaire ? Par exemple, manger demande à la langue de déplacer les aliments d’un côté à l’autre de la bouche, pendant que la mâchoire effectue un mouvement rotatif pour les broyer. Certains sons de la parole demandent à la langue de bouger précisément pendant que la mâchoire reste stable.
- L’amplitude de mouvement : la langue peut-elle atteindre les zones nécessaires ? Peut-elle monter vers le palais, aller de droite à gauche, sortir et rentrer ? Une amplitude limitée, parfois liée à un frein de langue ou à un faible tonus musculaire, peut limiter ce que la bouche peut faire.
- L’endurance : la personne peut-elle maintenir ces compétences pendant tout un repas, une conversation ou une journée d’école ? Certaines personnes peuvent faire le bon mouvement une ou deux fois, mais se fatiguent rapidement.
À qui la thérapie oro-motrice peut-elle être utile ?
La thérapie oro-motrice n’est pas limitée à un diagnostic ou à un âge. Elle peut être utilisée par des orthophonistes, des ergothérapeutes, des spécialistes de l’alimentation et des thérapeutes myofonctionnel·les dans de nombreuses situations.
- Les enfants avec des difficultés alimentaires : difficultés à passer aux aliments solides, réflexe nauséeux face à certaines textures, aliments gardés dans les joues, difficultés à mâcher ou à avaler en sécurité. Ces situations peuvent être liées à des compétences oro-motrices, et pas uniquement à un comportement ou à une sélectivité alimentaire.
- Les enfants avec des difficultés d’articulation : lorsque la bouche ne parvient pas physiquement à se placer correctement pour produire certains sons, la thérapie oro-motrice peut travailler les compétences préalables nécessaires. Elle construit les bases physiques, comme la conscience, la force et la coordination, qui soutiennent le développement de la parole. Elle est généralement plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans un accompagnement orthophonique plus large.
- Les personnes porteuses de trisomie 21 : l’hypotonie, ou faible tonus musculaire, est fréquente et peut toucher les muscles de la bouche, avec des effets sur l’alimentation, la parole, la salivation et la posture de la langue.
- Les personnes autistes ou avec des particularités sensorielles : les sensibilités orales, qu’elles soient réduites ou augmentées, peuvent avoir un impact important sur l’alimentation, l’hygiène bucco-dentaire et l’acceptation de nouveaux aliments ou de nouvelles textures.
- Les bébés et jeunes enfants accompagnés en intervention précoce : cela peut concerner les enfants qui n’atteignent pas certains repères liés à l’alimentation, qui rencontrent des difficultés dans la transition du sein ou du biberon vers les solides, ou qui présentent des signes de retard oro-moteur.
- Les adultes après un AVC, une blessure ou une chirurgie : la thérapie oro-motrice peut aider à reconstruire les compétences nécessaires pour avaler en sécurité et produire la parole après un événement neurologique.
- Les personnes suivies en thérapie myofonctionnelle : les exercices oro-moteurs peuvent faire partie de l’accompagnement autour de la posture de la langue, de la respiration bouche ouverte ou des schémas de propulsion linguale.
À quoi ressemble concrètement une séance ?
Si vous imaginez quelque chose qui ressemble à un examen dentaire, la réalité est souvent beaucoup plus accessible, surtout avec les enfants. Les séances peuvent inclure des activités comme souffler des bulles ou utiliser des sifflets pour travailler la force des lèvres, boire avec des pailles amusantes pour pratiquer l’aspiration et la fermeture des lèvres, mordre et maintenir un outil à mâcher entre les molaires pour renforcer la stabilité de la mâchoire, ou encore réaliser des exercices avec une sucette pour travailler l’élévation de la langue.
Les séances peuvent prendre la forme de jeux ciblant des mouvements précis, sans que l’enfant ait forcément l’impression de “faire de la thérapie”. Le jeu est souvent une porte d’entrée importante, et suivre l’élan de l’enfant peut favoriser une meilleure participation.
Les thérapeutes utilisent parfois des outils spécialisés pour apporter une stimulation ciblée que les doigts seuls ne peuvent pas toujours fournir de manière sûre ou précise. Le Z-Vibe®, par exemple, est un outil oro-moteur vibrant conçu pour fournir des repères tactiles à l’intérieur de la bouche et montrer à la langue où elle doit aller pour un son ou un mouvement précis.
Parfois, une consigne verbale ou une démonstration visuelle ne suffit pas. Le toucher peut alors aider à compléter l’information. La vibration peut aller plus loin, en renforçant la sensation et en attirant l’attention vers une zone précise, ce qui peut être particulièrement utile chez les personnes ayant une conscience orale réduite.
D’autres outils peuvent être utilisés, comme des sondes et outils d’exercice oro-moteur pour une stimulation ciblée, des embouts de paille pour développer certaines compétences, des outils d’alimentation à usage thérapeutique ou des outils à mâcher pour renforcer la mâchoire et sa stabilité grâce à des exercices de morsure résistive.
Les exercices, les outils et l’approche varient entièrement selon les besoins de la personne. Un ou une thérapeute qui accompagne un jeune enfant sur la préparation à l’alimentation n’utilisera pas les mêmes stratégies qu’avec un enfant d’âge scolaire travaillant l’élévation de la langue pour certains sons. C’est pourquoi une évaluation professionnelle reste le meilleur point de départ pour identifier les compétences à soutenir et construire un plan personnalisé.
Peut-on faire des exercices oro-moteurs à la maison ?
Oui, c’est possible, et les thérapeutes l’encouragent souvent. Les exercices oro-moteurs sont plus efficaces lorsqu’ils sont pratiqués régulièrement, et pas seulement pendant une séance hebdomadaire. De nombreuses activités peuvent s’intégrer dans les routines du quotidien : sur le trajet de l’école, pendant le goûter ou devant la télévision.
Une personne peut voir son ou sa thérapeute une fois par semaine. La pratique entre les séances peut donc rendre les progrès plus rapides et plus bénéfiques.
Cela dit, la pratique à la maison est plus efficace lorsqu’elle est guidée par un ou une professionnel·le ayant évalué les besoins précis de la personne et pouvant suivre les progrès. Faire des exercices au hasard sans comprendre leur objectif revient un peu à faire des étirements de rééducation sans savoir quel muscle on cherche à travailler. Cela ne fera pas forcément de mal, mais cela ne répondra peut-être pas au besoin recherché.
Par où commencer ?
Si vous pensez que votre enfant, ou vous-même, pourriez bénéficier d’une thérapie oro-motrice, la première étape est de demander une évaluation auprès d’un ou une orthophoniste ou d’un ou une ergothérapeute ayant de l’expérience en thérapie oro-motrice ou en accompagnement alimentaire.
Cette évaluation permet d’identifier les compétences spécifiques à soutenir et de construire un plan à partir de là. Il n’est pas nécessaire d’avoir un diagnostic pour demander une évaluation : le fait de remarquer que quelque chose semble difficile peut déjà être une raison suffisante.
À propos d’ARK Products
Fondé par une orthophoniste et un ingénieur, ARK Products développe depuis plus de 25 ans des outils et ressources spécialisés pour accompagner la motricité orale, l’alimentation et les besoins sensoriels. Son expertise associe une connaissance fine des enjeux thérapeutiques à une conception technique pensée pour le quotidien des enfants, des adultes, des familles et des professionnel·les.
Ce contenu est une traduction d’un article original publié sur le site d’ARK Therapeutic.
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