Mon enfant mâche toujours son col ou son t-shirt : pourquoi ?

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Si votre enfant rentre de l’école avec un col trempé, des manches mâchouillées ou des trous dans ses vêtements, vous n’êtes pas seul·e. Mâcher ses vêtements fait partie des préoccupations fréquentes chez les parents. Cela peut abîmer les t-shirts, déformer les manches et susciter beaucoup de questions : est-ce normal ? Faut-il s’inquiéter ? Pourquoi l’enfant n’arrive-t-il pas à arrêter ?

La réponse courte est la suivante : il est probable que l’enfant ne puisse pas simplement arrêter, parce qu’il ou elle ne le fait pas volontairement. Changer ce regard peut déjà aider à mieux comprendre le besoin de mastication et à réduire une partie de la frustration autour du comportement.

Ce n’est pas une mauvaise habitude, c’est un besoin

Quand un enfant mâche le col, les manches, l’encolure de son t-shirt ou d’autres objets, ce comportement répond très souvent à un besoin sensoriel. La mastication apporte à la mâchoire une stimulation proprioceptive : une pression profonde que le cerveau peut trouver apaisante et organisante.

On peut l’imaginer comme une sorte de soupape de régulation. Le mouvement répétitif de la mastication aide à s’ancrer et peut contribuer à calmer le système nerveux.

C’est d’ailleurs pour une raison proche que certains adultes mâchent un chewing-gum pendant une réunion stressante, se rongent les ongles devant un film ou mangent des aliments croquants après une longue journée. La mâchoire est l’une des articulations les plus puissantes du corps, et la pression générée par la mastication envoie des signaux régulateurs importants au cerveau.

Les enfants peuvent trouver cette stratégie instinctivement, sans avoir les mots pour l’expliquer. Lorsqu’un enfant attrape son col pendant les devoirs ou mord sa manche dans une classe bruyante, son corps cherche peut-être simplement à s’autoréguler.

Pourquoi les vêtements en particulier ?

Un col ou une manche est toujours là. C’est accessible. L’enfant n’a pas besoin de demander, de chercher un objet dans son sac ou d’attendre un moment précis pour l’utiliser.

Cette disponibilité est importante, surtout chez les enfants qui développent encore leur capacité à reconnaître leurs besoins sensoriels et à demander ce qui pourrait les aider. Le vêtement devient alors la solution la plus immédiate : l’enfant le porte à la bouche sans y penser, parce que son corps cherche une forme de régulation et que le tissu est déjà à portée.

Le comportement peut s’intensifier dans certaines situations : transitions entre deux activités, tâches qui demandent beaucoup d’effort comme la lecture, l’écriture ou les mathématiques, environnements bruyants ou très fréquentés, nouvelles situations sociales, stress, anxiété ou fatigue. Ce sont des moments où le système nerveux travaille davantage, et la mastication peut aider l’enfant à se calmer et à se réguler.

Ce qui peut se cacher derrière la mastication des vêtements

Mâcher ses vêtements peut être lié à un ou plusieurs facteurs.

  • Le stress et l’anxiété : la frustration, la fatigue, un changement de routine ou d’autres sources de stress du quotidien peuvent déclencher le besoin de mâcher. Des événements plus importants, comme une rentrée scolaire, un changement familial ou une pression sociale, peuvent aussi augmenter ce besoin. La mastication peut varier selon le niveau de stress de l’enfant et sa capacité à le gérer à ce moment-là.
  • Les particularités de traitement sensoriel : certains enfants vivent les informations sensorielles de manière plus intense. Les lumières peuvent sembler plus fortes, les sons plus envahissants et l’ensemble des stimulations plus difficile à trier. La mastication peut alors aider à organiser ces informations. C’est une forme d’autostimulation qui peut soutenir la régulation, notamment chez certains enfants autistes, avec un TDAH ou avec des particularités sensorielles.
  • La concentration : la mastication peut aider certains enfants à soutenir leur attention. Le mouvement répétitif et rythmé peut filtrer les distractions et aider le cerveau à rester engagé dans une tâche. On peut par exemple observer davantage de mastication pendant les devoirs, la lecture ou les évaluations.
  • Le besoin de stimulation proprioceptive : certains enfants ont besoin de plus de pression profonde au cours de la journée. Leur système proprioceptif, qui aide à sentir où se trouve le corps dans l’espace, peut avoir besoin de davantage d’entrées sensorielles. Ces enfants peuvent aussi aimer les câlins appuyés, se jeter dans des coussins, chercher les couvertures lestées ou aimer pousser, tirer et porter des objets.

Pourquoi “arrête” ne fonctionne pas toujours

Si la mastication répond à un vrai besoin sensoriel, demander simplement à l’enfant d’arrêter revient un peu à demander à une personne qui a froid de ne plus frissonner. Elle peut réussir pendant quelques instants, mais le besoin sous-jacent ne disparaît pas.

Il peut alors réapparaître autrement : l’enfant peut commencer à se ronger les ongles, mordiller sa peau, taper du pied ou devenir plus agité·e et moins disponible pour la tâche en cours.

L’approche la plus aidante consiste généralement à rediriger la mastication vers un support conçu pour cela : un outil sûr, durable et adapté, plutôt que de chercher à supprimer totalement le comportement.

Ce qui peut aider

Proposer une alternative dédiée à la mastication

La piste la plus directe est de proposer à l’enfant quelque chose qu’il ou elle a le droit de mâcher, spécialement conçu pour cet usage. Le choix dépend de ce que l’enfant préfère, de l’intensité de la mastication et du contexte dans lequel elle apparaît.

Pour la mastication des cols de t-shirt, un collier à mâcher peut être une option facilement accessible. Les modèles horizontaux peuvent se rapprocher du geste consistant à remonter le col vers la bouche pour le mâcher. Certains modèles sont assez discrets pour être utilisés par des enfants plus âgés ou des adolescent·es.

Les embouts à mâcher pour crayons peuvent être une autre solution, notamment si la mastication apparaît surtout à l’école ou pendant les devoirs. Ils se placent directement sur le crayon, ce qui les rend disponibles au moment où l’enfant en a besoin.

Les outils à mâcher à tenir en main peuvent convenir aux plus jeunes enfants ou à celles et ceux qui préfèrent manipuler l’objet plutôt que le porter autour du cou.

Choisir une résistance adaptée

Le niveau de résistance doit correspondre à l’intensité de la mastication. Si l’enfant mâche ses vêtements sans faire de trous, une résistance plus souple peut suffire. Si les vêtements sont rapidement troués ou très abîmés, une résistance plus ferme peut être plus adaptée.

Entre les deux, une résistance intermédiaire peut convenir aux enfants qui mâchent régulièrement sans détruire les tissus très rapidement.

Augmenter les entrées proprioceptives dans la journée

Si la mastication est liée à un besoin plus global de pression profonde, ajouter davantage d’activités proprioceptives peut aider à réduire la fréquence ou l’intensité du comportement.

Porter des courses légères, pousser un panier à linge, faire des pompes contre un mur ou sauter sur un trampoline sont des exemples d’activités qui apportent une stimulation profonde au corps.

Un ou une ergothérapeute peut aussi aider à construire ce que l’on appelle parfois un “régime sensoriel” : un ensemble d’activités réparties dans la journée pour soutenir la régulation de l’enfant.

Ajouter des activités oro-motrices

En dehors de la mastication, d’autres activités sollicitant la bouche peuvent aussi apporter des stimulations utiles : boire une boisson épaisse à la paille, manger des aliments croquants ou plus résistants à mâcher, souffler des bulles, utiliser un sifflet ou un petit instrument à souffle.

Ces activités doivent toujours être adaptées à l’âge, aux capacités et aux besoins de l’enfant.

Observer les moments et les déclencheurs

Il peut être utile de repérer quand la mastication apparaît le plus souvent. Est-ce pendant les devoirs ? Juste après l’école ? En voiture ? Avant de dormir ? Lors des transitions ?

Identifier les schémas permet d’anticiper. On peut proposer l’outil à mâcher ou une pause sensorielle avant que le besoin ne devienne trop intense, plutôt que de réagir seulement après coup.

En parler avec l’école

Lorsque la mastication se produit surtout en classe, il peut être utile d’en parler avec l’équipe éducative. De nombreux enseignants et enseignantes connaissent les outils sensoriels et peuvent accepter leur utilisation lorsque le besoin est expliqué.

Un échange avec l’école, parfois accompagné d’une note d’un ou une thérapeute, peut aider à garantir que l’enfant ait accès à son outil pendant la journée. Dans certains contextes, cet outil peut même être intégré à un plan d’accompagnement scolaire.

Est-ce que l’enfant va “grandir et arrêter” ?

Certains enfants arrêtent naturellement de mâcher leurs vêtements en grandissant, surtout lorsque le comportement est lié à une étape de développement ou à une période de stress temporaire.

D’autres enfants continuent à avoir des besoins sensoriels oraux plus longtemps, et beaucoup d’adultes ont également des besoins de mastication. Le besoin de mâcher peut être une stratégie sensorielle réelle. L’objectif n’est donc pas forcément de le faire disparaître, mais de s’assurer qu’il est satisfait de manière sûre et adaptée.

Quand demander de l’aide ?

Si la mastication des vêtements s’inscrit dans un ensemble plus large de difficultés, par exemple des difficultés d’attention, de régulation émotionnelle, des sensibilités sensorielles marquées, de l’anxiété ou des routines quotidiennes compliquées, il peut être utile d’en parler à un ou une professionnel·le.

Un ou une ergothérapeute peut évaluer le profil sensoriel de l’enfant et proposer, si nécessaire, un plan d’accompagnement plus global et personnalisé.

À propos d’ARK Products

Fondé par une orthophoniste et un ingénieur, ARK Products développe depuis plus de 25 ans des outils et ressources spécialisés pour accompagner la motricité orale, l’alimentation et les besoins sensoriels. Son expertise associe une connaissance fine des enjeux thérapeutiques à une conception technique pensée pour le quotidien des enfants, des adultes, des familles et des professionnel·les.

Ce contenu est une traduction d’un article original publié sur le site d’ARK Therapeutic.

 
Publié dans: Conseil

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